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 Entretemps

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MessageSujet: Entretemps   Dim 28 Jan - 11:30

Voici quelques textes entretemps que Jacques m'a fait parvenir...

on commence par L’émotion plutôt que la performance ! de janvier 2006.

Chaque public retrouve dans la musique un reflet de ses propres valeurs.

James Conlon est ce chef d’orchestre cinquantenaire américain qui a participé au renouveau et au succès actuel de l'Opéra de Paris. Il a conduit les plus grands orchestres américains et depuis les années 80 il travaille surtout en Europe, d'abord à Rotterdam, puis à Cologne et, depuis 1995, à Paris.

Pour lui, si l'opéra touche la meilleure partie de notre âme, la musique est un porte-parole de la civilisation, un rempart contre la barbarie.

Tout a commencé pour lui à l’âge de onze ans, lorsqu’il tombe amoureux de la musique pendant une représentation de "La Traviata", où il est allé par hasard. "Ma vie a été transformée en six mois ! Et j'ai eu beaucoup de chance de grandir à New York car j'avais l'occasion de voir et d'entendre toute la musique que je voulais." C’est pourquoi James Conlon est vraiment bien placé pour nous faire passer ce message : « En Amérique, on a fait un veau d’or de la technologie et de la perfection, de la performance. Les Américains admirent un soliste capable de virtuosité, d’exactitude, pas nécessairement d’expressivité. Cela est aussi prodigieux que la navette spatiale, le « shuttle », qui revient de l’espace et se pose sur terre. Ce qui les touche est la performance. Ils sont plutôt prêts à vous féliciter et à exprimer leur admiration pour votre maîtrise qu’à vous dire leur émotion. »

C’est à Claude-Henri Chouard dans l’introduction du superbe ouvrage « L’oreille musicienne » (Gallimard) qu’il confie ce constat. Il poursuit : « Quelquefois quand je me promène à Paris, je suis abordé par des personnes dans la rue qui me disent : « Merci beaucoup pour les émotions que vous nous avez procurées. » Ils pensent : « On a passé un moment de bonheur, on a ressenti un plaisir. » Cela veut dire que le veau d’or est, pour les Français, le plaisir procuré par l’émotion. Chaque public retrouve dans la musique un reflet de ses propres valeurs. »

Ce qui est vrai en musique l’est pour toutes les autres formes artistiques : le nombre d’exemplaires d’un livre, que l’on met en avant dans les classements, est-il synonyme de la qualité de l’écrit ? Certes, non ! Encore moins rend-il compte de l’émotion partagée ! L’acculturation américaine (Processus par lequel un groupe humain assimile tout ou partie des valeurs culturelles d'un autre groupe humain) a eu raison de nous : la manie des classements, celle des compétitions, continue de nous contaminer, de nous déformer le goût et les perceptions artistiques.

En architecture, combien de fois des articles et des reportages font état avant tout des performances techniques, soit la hauteur de l’édifice, le nombre de kilomètres de tiges de fer, le temps mis à construire un ouvrage d’art, plutôt que la qualité artistique – justement - de l’œuvre qu’on appelle « d’art » ?

Et si nous quittons la sphère des créations classiques pour aborder les audiences en radio ou en télévision, quel détournement incroyable, quelle poudre aux yeux, quelle déformation commerciale que l’apologie de l’émission regardée par « le plus grand nombre » ! On parle du « plus grand dénominateur commun » dans les mathématiques ! Il n’est pas difficile de se rendre compte que dans ces conditions nous sommes entraînés vers le bas et que ce n’est pas le haut qui nous attire. Or, l’art a pour mission d’enrichir l’être humain. «Enrichir », un verbe qui, voulant dire « rendre plus riche », ne s’entend quasiment plus que dans le sens de richesse matérielle et non plus intellectuelle ou spirituelle !

Ainsi Charles Rollin (1661-1741), écrivain et historien, professeur au Collège de France, nous rejoint-il à travers les siècles dans cette idée lorsqu’il écrit dans « Traité des Etudes » : « On peut dire d'une grande lecture ce que Sénèque dit d'une vaste bibliothèque, qu'au lieu d'enrichir et d'éclairer l'esprit, elle ne sert le plus souvent qu'à y jeter le désordre et la confusion » Continuons à suivre nos émotions, n’en ayons nulle honte ! Résistons ! C’est ainsi que nous pourrons vivre mieux.

Paul Valéry décrit dans sa « Théorie poétique et esthétique » ses premières émotions artistiques. Gardons le souvenir de nos propres éblouissements. « Notre certitude, c'était notre émotion et notre sensation de la beauté; et quand nous nous retrouvions, le dimanche, aux concerts Lamoureux, une atmosphère extraordinaire se composait. Nous sortions du cirque en fanatiques de l'art. Nous avions senti; et ce que nous avions senti nous donnait la force de résister à toutes les occasions de dispersion de la vie. »
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MessageSujet: Re: Entretemps   Dim 28 Jan - 11:42

Je suis tout à fait d'accord pour dire que l'émotion doit primer, en tout cas, en ce qui concerne mes goûts.

Je peux regarder un film superbement réalisé sans rien ressentir mais apprécier 100x plus un film à petit moyen ou qui "à moins de gueule" tout simplement parce qu'il m'a emporté ou touché...

Je peux prendre deux exemples: "le géant de fer" est un dessin animé qui au premier abord n'a pas de dessins qui attirent.. mais la morale, l'histoire est fabuleuse!

Les films de Lelouch ensuite, ou ceux des frères Dardenne, ont plus l'air de documentaire que de films, et pourtant, je suis beaucoup plus touchée par ceux ci que par de grosses productions américaines...

La musique à présent... Je me rappellerai toujours de mon professeur qui au conservatoire, m'avait dit que si je mettais beaucoup d'émotion dans mon jeu, les erreurs de solfège ne s'entendraient pas... je pense que c'était plus pour me mettre en confiance devant ce morceau qui me rendait folle depuis des jours et des jours mais elle avait aussi sans doute raison.... Qui ne sait jamais posé dans un canapé, le casque vissé sur les oreilles, en écoutant des mélodies qui nous soulèvent le coeur et nous arrache une larme? Pourtant ce n'est qu'une chanson Rolling Eyes

Pour tout ce qui touche à l'art, c'est très difficile de mettre tout le monde d'accord..

Vous trouverez peut être les peintures de Goya peu jolies, moi, je les adore! Car derrière les allégories et ses peintures fantastiques, se cachent des évènements de l'époque, des ressentis....

Mais j'aime aussi de belles peintures, qui doivent demander des années de labeur pour leur réalisation. Je pense à David, ce peintre qui a le don de reproduire, presqu'aussi mieux qu'une photo un moment précis Rolling Eyes

Je n'aime pas trop ce qui est tape à l'oeil, j'aime beaucoup plus la simplicité.. mais je sais apprécier les nouvelles formes d'art, d'écritures.. j'essaie et si je me sens "à l'aise", c'est que c'est gagné Wink

Ne parlons pas de l'écriture car ce serait encore des pages et des pages d'impressions....

Pour ce qui est de l'audience, je trouve dommage qu'on se base uniquement sur des chiffres.. si on réalisait de grands sondages sur ce que les gens veulent voir auprès de la foule.. ma télé serait sans doute plus souvent éteinte.. car on voudrait voir des séries style "les experts" à ne plus en finir, des "pump my ride" à toute heure de la journée, des émissions délirantes où le but est de se casser (style maillon faible ou 1 contre 100)... des films superproductions amerloques, sans histoire de fond.... parce que je ne suis pas dupe. Si j'ai le malheur d'évoquer un film simple ou une émission culturelle à mes élèves.. leur réponse est bie souvent " ca doit être chiant! Y a du sang? Encore une émission barbante?" Mais je suis optimiste et je me dis que nous aussi nous avons notre mot à dire... j'espère juste que dans l'avenir, les chiffres ne décideront pas de tout No

Enfin, je vais terminer par dire que je suis une touche à tout. Je n'aime pas m'enfermer dans un genre, ne pas m'ouvrir ou m'intéresser aux autres... je respecte ceux qui se donnent à fond pour réaliser une oeuvre qui ne me plait pas, car ca a une signification pour eux Wink

Je n'aime pas du tout la nouvelle sculpture qui se trouve face aux Beaux Arts de Charleroi et savoir le prix que cela a couté me donne mal au ventre mais après tout.... ca a sans doute beaucoup de signification pour celui qui l'a fait et l'entendre me le raconter me ferait peut être changer d'avis Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: Entretemps   Mar 30 Jan - 19:50

Voici un autre entretemps de Jacques... celui ci date de février 2006

« On dit souvent qu’il faut sauver les apparences, moi je dis qu’il faut les assassiner, car c’est le seul moyen d’être sauvé » (Frédéric Beigbeder)

Faut-il « réellement » sauver les apparences ?


« Si l’on jugeait les choses sur les apparences, personne n’aurait jamais voulu manger un oursin. » (Marcel Pagnol)


C’est un constat : on se fie le plus souvent aux apparences. Le monde tourne autour de l’apparence. Ce n’est pas un phénomène de mode, encore qu’accentué par l’arrivée de l’image, de la télévision dans l’histoire de notre société humaine, c’est un fait lié à l’utilisation de nos sens.

Pourtant le vieux proverbe nous met en garde : « Les apparences sont souvent trompeuses » ! Il faut sauver les apparences : « Les apparences sont donc bien en péril puisqu’il s’agit toujours de les sauver ! » (Natalie Clifford Barney) Et tous les penseurs nous ont avertis.

Ainsi François de La Rochefoucauld, au XVIIe siècle, porte à notre réflexion dans ses « Réflexions ou Sentences et Maximes morales » : « Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite que le mérite même. » Ainsi Charles Perrault dans « Grisélidis » qui décrète que : « Rien au monde, après l’espérance, n’est plus trompeur que l’apparence ». Il n’est nul besoin de beaucoup d’exemples pour illustrer que nous ne nous attardons qu’à la surface des choses et des êtres, nous en sommes tous victimes et nous avons tous succombé à cette légèreté. Le temps qui s’accélère aujourd’hui ne peut pas nous aider à approfondir cette connaissance !

A l’image des reportages, des interviews, du survol des titres de la presse ! Le commentaire du journaliste en télévision (avec un prompteur qui lui donne une apparence de mémorisation) explique, alors que quelques images apparaissent, quelques secondes de violence, d’un pays lointain, d’un homme politique s’engouffrant rapidement dans une voiture blindée. Le présentateur s’entretient avec son invité : dans son « oreillette » (qui lui donne une apparence de tout retenir par cœur) lui dit-on vraiment toutes les vingt secondes qu’il faut lui couper la parole, même si son idée n’est pas développée, pour enchaîner avec une autre question afin de maintenir l’intérêt ? Nous parcourons les titres du quotidien, nous arrêtant parfois sur un mot, une photo, un titre plus accrocheur… lisons-nous le texte avec attention ou bien « zappons-nous », comme nous pouvons le faire avec les chaînes de télévision, certes nombreuses ? Et dans bien des magazines, avez-vous remarqué que les noms propres étaient imprimés en gras pour que l’œil s’y arrête ?

Bref, nous survolons à toute vitesse alors que nous devrions parcourir ce paysage médiatique à pied, flâner, humer, comprendre, apprécier ! Le résultat est que nous ne connaissons que peu de choses en profondeur. C’est la couleur du décor, la coiffure de l’interlocutrice, la reliure d’un livre qui président à nos jugements ! Ce n’est alors que provisoire, superficiel. George Sand écrit dans « Le beau Laurence » : « La beauté de l’apparence est seulement le charme de l’instant ; l’apparence du corps n’est pas toujours le reflet de l’âme. » Et avec humour Marcel Pagnol dit : « Si l’on jugeait les choses sur les apparences, personne n’aurait jamais voulu manger un oursin. »

Nous sommes multiples, heureusement. C’est une richesse, mais l’on doit creuser un peu pour la découvrir et la partager. Ceux qui ont « plusieurs casquettes », comme dit la locution familière, ont plus que d’autres ce problème d’image. Par facilité, on a tendance à étiqueter, à cataloguer, à classer. Ah ! Ces classements… de l’école jusqu’à la fin de sa vie, des premiers résultats scolaires jusqu’au bilan de ce qu’on a entrepris ! Tel humoriste ne peut que difficilement se faire admettre sur une scène de théâtre classique ; tel écrivain peut-il se compromettre dans un rôle plus médiatique ?

Dans notre vie personnelle aussi, les malentendus peuvent être nombreux. Un sourire peut-être perçu comme de l’ironie, par exemple. L’amour est une façon de dépasser les apparences, on le sait. A propos du regard que l’homme pose sur la femme, Victor Hugo dans « Post-scriptum de ma vie » avait noté avec justesse, faisant fi des apparences : « La femme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l’apparence de la faiblesse. » Plus proche de nous, Christian Singer déclare : « L’amour est visionnaire. Il voit la divine perfection de l’être aimé au-delà des apparences auxquelles le regard des autres s’arrête. »
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MessageSujet: Re: Entretemps   Mar 30 Jan - 20:38

AAAaaaah Merci beaucoup Véro !! Je sauvegared tout cela pour pouvoir les lire hors connection, et je tacherai de les lires assez vite, mais c'est vrai qu'en vélo, pas évident Rolling Eyes lol
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MessageSujet: Re: Entretemps   Mar 30 Jan - 20:56

Ca vaut le coup de les lire en tout cas cool Je pensais que vous étiez passé à côté car je ne voyais personne réagir... pourtant, ca mérite de donner son impression car c'est une ouverture à la réflexion je trouve cheers
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MessageSujet: Re: Entretemps   Mer 31 Jan - 15:52

Comme je le disais il n'y a pas longtemps, dernièrement, je n'ai pas trop trop l'occasion de venir lire les pavés sur le forum. Je lis les posts cours, mais pour les plus long, ce n'est pas évident, d'autant plus que je suis prise entre mes livres de philo, la bible (que j'entame à peine), et un livre de Maxime Chattam (découvert grace au JDD), L'âme du mal...
Mais ce matin j'ai réussi a me trouver quelques petites minutes de calme pour lire tout cela...


Pour le premier Entretemps...

Je suis certes d'accord avec vous deux, mais je nuancerai davantage mon propos.
Il est certain que ce qui prime pour moi c'est la sensation, le sentiment que m'a donné une oeuvre, que ce soit littéraire, cinématographique, de la peinture ou quelqu'autre chose.
Si je sors du ciném sur un petit nuage ou si je ne peux détourner mes yeux d'une photo, même si niveau technique, ce n'est pas un chef d'oeuvre, je le classerai bien volontier dans les chef d'oeuvre tout de même.

En revanche, je trouve important de garder à l'esprit la "technique" dirons nous. Je ne sais pas, je n'arrive pas a être impresionnée, subjuguée par un Miro par exemple... Ce n'est pas assez élaboré et on se dit tiens, il a du le faire en deux secondes et basta. Cela ne me plaît pas, j'ai l'impression qu'on se moque de moi.

Après le premier sentiment, j'aime sentir l'effort de l'artiste ou de l'artisan, je trouve cela assez important même si je peux parfaitement aimer une production "vite fait", où l'on sens le producteur derière, sans qu'il n'y ai de gros efforts derrière... cela, j'appelle ca le talent, voir le géni ^^


**********


Quant au second entretemps, Faut il sauver les apparences, ce titre me fait horriblement penser à l'astronomie, et j'ai faillit avoir un peu peur tout de même ^^

Pour ma part, l'apparence, je ne m'y fie pas trop, ou simplement si j'en ai envie. Je sens que derrières les apparences se cache quelque chose que je n'aimerai pas et contre lequel je n'ai pas envie de lutter, et alors, par paresse plus que pas stupidité, je me laisse aller...

Enfin il est vrai que ne lisant pas la presse et ne regardant la TV que pour des films ou Desperate Housewives, les apparences dans les médias, je passe un peu à coté ^^ lol

Quant aux apparences dans la "réalité" (au sens vie en générale du commun des mortel dasn des situations banales), il faut en sauver certaines à mon sens. Les apparences sont une manières de se protéger, voir peut être de pimenter la vie, alors pourquoi toutes les supprimer ?

Après si vous voulez, j'ai eut l'occasion de disserter récemment sur la question de savoir si l'on pouvait aller au delà des apparences... Vaste programme aussi que cette question, si j'arrive a retrouver cela et que ca en interesse certains, je peux toujours le mettre.
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MessageSujet: Re: Entretemps   Mer 31 Jan - 17:18

Citation :
et un livre de Maxime Chattam (découvert grace au JDD), L'âme du mal...

Tu te lances dans la fameuse trilogie de Chattam cool J'en ai lu quelques uns de lui (et tout récemment son dernier bouquin) et on se laisse beaucoup entrainer dans son récit Wink

Citation :
Je ne sais pas, je n'arrive pas a être impresionnée, subjuguée par un Miro par exemple... Ce n'est pas assez élaboré et on se dit tiens, il a du le faire en deux secondes et basta. Cela ne me plaît pas, j'ai l'impression qu'on se moque de moi.

Au début moi non plus Rolling Eyes mais avec le temps, j'ai "appris" à chercher ce qui se cachait derrière leur art et je l'apprécie beaucoup plus Wink
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MessageSujet: Re: Entretemps   Sam 3 Fév - 0:26

Nos choix dans les choses de la vie quotidienne comme dans l’art, les amitiés, l’amour même doivent se faire sans doute d’abord par « sympathie » avant d’être analysés par la raison.

Fions-nous à nos premières impressions !

Jacques Mercier


Les affinités mystérieuses nous lient à ce qui est beau, aimable et harmonieux.

L’autre soir, Michel Kacenelenbogen, comédien, metteur en scène, mais aussi directeur de son Théâtre Le Public qu’il gère avec Patricia Ide (jouant « Mademoiselle Frankenstein »), me raconte qu’il a beaucoup de mal à se défaire d’une tension de tous les instants. Cette pression l’aide à avancer plus efficacement dans ses projets, même si son entourage lui conseille souvent d’essayer « la lenteur » ! Il m’avoue, de même, que l’analyse des choses ne vient qu’après son immédiate intuition. « Je ne mets à l’affiche que des spectacles que j’ai envie de voir moi-même plutôt que de suivre un fil conducteur de répertoire » me confie-t-il, telle la pièce « Une journée particulière » qui met en scène un présentateur de radio !

Le résultat lui donne bien sûr raison, les trois salles ne désemplissent pas. Nous utilisons pour définir cette qualité le terme un peu imprécis de « feeling », qui en anglais signifie : sensation, sentiment, impression.

Henri Jeanson (scénariste, mais aussi un critique de radio et de cinéma aux jugements redoutables et lapidaires), à propos de la maxime que l’on connaît, écrivait : « Parole de critique : une première impression est toujours la bonne, surtout quand elle est mauvaise. » Jules Renard dans son « Journal » commente sur le même sujet : « Nos premières impressions sont les seules ineffaçables. Le reste n’est qu’une répétition, un effet de l’habitude. »

Et là, nous touchons un autre point essentiel : si certains veulent rester en éveil, en alerte, c’est aussi pour n’être jamais victimes de la routine. Renaître à chaque rencontre. Être disponible pour la surprise, pour l’émerveillement, pour la nouveauté. C’est un don d’artiste. « Le poète est celui qui tout au long de son existence conserve le don de s’émerveiller » écrit le peintre, mais aussi théoricien de l’art et enseignant, André Lhote. La première impression peut s’exercer pour le choix d’un répertoire de théâtre, mais s’applique à tout moment aux humains. Nous ressentons tous à un moment ou à un autre ce sentiment d’affinité ou de méfiance. Même s’il ne faut pas se fier aux apparences ; c’est autre chose : une aura, des ondes, un regard, l’affleurement de l’âme du vis-à-vis.

Le célèbre roman de Goethe « Les affinités électives », paru en 1809, ne raconte rien d’autre. Le récit est construit sur une analogie chimique : l’attirance de certaines substances pour d’autres induit le terme d’ « affinité élective » qui appartient d’abord au vocabulaire technique des chimistes. Dans l’expression apparaît à la fois l’idée d’une attirance irrépressible, mais aussi d’une préférence sélective.

Au XIVe siècle, l’affinité définit une harmonie de goûts et de sentiments entre des personnes. Trois siècles plus tard, en biologie, c’est la propriété de deux corps de s’unir entre eux par l’intermédiaire de leurs particules semblables. Pour suivre l’idée des impressions, je me suis replongé dans la lecture du superbe et court roman « Aziyadé » de Pierre Loti, témoignage publié en 1879 de cette rencontre avec Aziyadé, de cette passion éprouvée lors d’un séjour en Turquie deux ans plus tôt. Un jour, j’eus d’ailleurs la chance de réaliser ce défi étrange de lire un extrait de ce livre pour la radio au « Café Loti », où il prit des notes, sur les hauteurs d’Istanbul, qu’il nomme à l’époque : Stamboul ! J’y repense souvent, avec dans la tête cette émotion particulière, douce et amère, liée aux choses uniques et passées. Dans le livre de Loti, je découvre ces deux extraits : « Les liens sympathiques, les affinités mystérieuses qui, en certains moments, m'unissent si étroitement avec tout ce qui est aimable et beau. » et « Il y a de véritables affinités, entre vous et certaines suites de sons, entre vous et certaines couleurs éclatantes. »

Et puis, nous connaissons aussi le terme « sympathie » et son étymologie. Le mot vient de la langue grecque, de « sumpathês », de « sun» , avec, et « pathos », ce qu'on ressent. C’est donc un partage, un échange. Une des définitions de sympathie est : relations entre personnes qui, ayant des affinités, se conviennent, se plaisent spontanément. Une autre est : sentiment chaleureux et spontané, qu'une personne éprouve pour une autre. Et je retrouve encore un autre passage du même roman de Pierre Loti pour illustrer et commenter cette sympathie : «Votre nature ressemble à la mienne, ce qui m'explique fort bien la très grande sympathie que j'ai ressentie pour vous presque de prime abord. - Axiome : Ce que l'on aime le mieux chez les autres, c'est soi-même. Lorsque je rencontre un autre moi-même, il y a chez moi accroissement de forces. » Au fond, se fier à ses impressions, c’est faire preuve de générosité, d’ouverture à l’autre ?

Les affinités, entretemps de mars 2006.
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MessageSujet: Re: Entretemps   Dim 18 Fév - 14:36

Un entretemps tout récent qui date de février 2007 Wink

Jacques me signale qu'il a reçu beaucoup de réactions postales concernant ce texte.. qu'en pensez vous?


Lorsque nous avons besoin d’affronter un public, lorsque nous nous mettons en danger, nous trouvons en nous l’énergie qu’il nous faut, c’est la fameuse « poussée d’adrénaline ».

L’énergie, moteur de l’univers.



« Tout nous obéit – même agir à distance - si nous avons l’énergie nécessaire »


C’était lors d’un voyage en avion, mon voisin était docteur en médecine et la conversation avait glissé sur le métier d’artiste. Nous évoquions la force que celui-ci devait trouver au fond de lui pour affronter la scène. On parla de « poussée d’adrénaline » et il m’expliqua que l’expression était on ne plus justifiée : L'adrénaline est à la fois une hormone et un neurotransmetteur. L’adrénaline est sécrétée pour provoquer un état de stress entraînant une accélération du rythme cardiaque, une augmentation de la force des contractions du cœur et une hausse de la pression artérielle. Elle répond à un besoin d'énergie, par exemple, pour faire face au danger. J’ai pris des notes. Je comprenais donc pourquoi j’avais été si frappé par l’état second (une sorte de transfiguration) dans lequel je croisais les vedettes dans les coulisses, juste avant le spectacle, alors que je faisais mes débuts de journaliste. Je revoyais Jacques Brel tremblant en transpiration ou Raymond Devos muet devenu un autre lui-même. Je compris de même cette évidente jeunesse que les artistes acquièrent sur scène et qui les métamorphosent, quel que soit leur état de fatigue physique, de maladie.

J’en eus très vite aussi d’autres exemples lors d’émissions de radio ou de télévision en direct. Ainsi, Salvatore Adamo, la voix fatiguée par un gala donné la veille, retrouvait sa voix, même dans une émission de radio très matinale, grâce à la poussée d’adrénaline, qui l’aidait à surmonter les petits bobos quotidiens ! Et puis finalement, dans l’exercice de mes passions : en radio, en télévision plus que jamais, sur scène aussi, j’ai pu le vérifier sur ma propre personne : un miracle de la nature humaine, de l’interférence entre le cerveau, le corps, l’esprit, la volonté… Cette force est avant tout de l’énergie. J’ai presque envie d’y mettre une majuscule, « l’Energie », tant je suis passionné par « L’universalisme ou La philosophie de l’espoir »*1, un superbe livre d’André Heymans, dans lequel j’avance lentement pour bien comprendre le propos de l’auteur, licencié en philosophie et qui se consacre, après une carrière d’avocat, à ses recherches personnelles*².

L’Energie est donc le fondement de l’existence et continue à faire vibrer l’univers. L’Energie est à la fois un absolu infini, est munie de propriétés immatérielles qui se font valoir. « La matière a été créée pour qu’en plus de l’immatérialité prenne son plein essor » écrit le philosophe. Mais je ne veux pas aller plus loin ici, mes mots ne peuvent traduire sa pensée complète et nuancée. Je voulais parler plus simplement de cette « énergie » et du fait que nous sommes tous « un brin de l’énergie originaire sous sa forme immanente ». Autrement dit, il n’est pas étonnant d’apprendre que nous pouvons trouver le courage nécessaire à l’accomplissement de certaines choses.

Beaucoup se sont exprimés sur le sujet, parfois de façon indirecte, inconsciente de l’enjeu, de la réalité. Sarah Bernhardt : « La vie engendre la vie. L'énergie produit l'énergie. C'est en se dépensant soi-même que l'on devient riche. » Pierre Teilhard de Chardin : « L'amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques. » Sigmund Freud : « S'il est librement choisi, tout métier devient source de joies particulières, en tant qu'il permet de tirer profit de penchants affectifs et d'énergies instinctives. »

On peut poursuivre encore longtemps, voici une dernière pensée qui remonte à quelques siècles déjà, elle est de Cornelius Agrippa : « L'âme humaine renferme la capacité de transformer les choses et les êtres, d'agir à distance, tout lui obéit dès lors qu'elle possède l'énergie nécessaire. » Ne s’agirait-il pas, dès lors, de faire confiance en ce que nous sommes, dans le monde et le temps où nous nous trouvons ? Se dire que rien n’est impossible ? Que toute épreuve, que toute difficulté, que tout défi peuvent être relevés par l’énergie insoupçonnable qui est à notre disposition et à notre portée ?

Cela signifie qu’avant de chanter sur scène, qu’avant de passer un examen, qu’avant d’affronter le direct d’une émission de télévision, il faut faire le calme en soi, se laisser envahir par l’énergie et faire confiance à la capacité de l’âme humaine. Même si cela a l’air mystérieux, puisque tout ne s’explique pas par des formules mathématiques ! Comme le disait Nietzsche dans « Le gai savoir », - un titre magnifique ! - : « Un monde essentiellement mécanique serait un monde essentiellement absurde ».

Jacques Mercier

*1.Edition le Roseau vert.
*² « La longue Vue »
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MessageSujet: Re: Entretemps   Sam 17 Mar - 11:08

J'ai pris la peine de relire votre entretemps et y mettre quelques commentaires cette fois Wink

En fin de texte, vous dites que nous sommes capables de franchir de nombreuses défis par une énergie qu'on ne se connait pas, et c'est tout à fait exact.

A de nombreuses reprises, lorsqu'on se sent usé, qu'on ne croit parvenir au bout des choses, il y a un je ne sais quoi de force qui nous pousse à avancer, à tenter le tout pour le tout.. il faut trouver cette énergie en soi, pas des autres. Eux sont là pour nous faire prendre conscience mais nous seul pouvons nous donner à fond.

Ah, la joie des examens... je n'ai jamais vraiment eu de grande peur, car avant de me présenter dans la salle où aurait lieu les test, je faisais le vide, je parlais d'autre chose... je n'essayais pas de me rassurer en relisant mon cours, ca ne servirait à rien.. je ne pouvais pas donner plus en quelques minutes que le temps que j'avais passé à étudier...

Mes plus grandes frayeurs, je les ai connues à la défense de mon mémoire.. là, je me suis rendue compte que j'étais à la fin d'une grande étape, que je devais parler de ce "bébé", que j'avais porté à bout de bras, que j'avais construit et enrichi au long des mois qui précédaient.... je suis allée m'isoler dans les toilettes de l'école.. et là, je ne sais pas pourquoi, je me suis mise à fredonner une chanson, qui n'a pourtant rien de très réjouissant, mais qui m'a donné du baume au coeur. Pourquoi celle là, je ne sais pas.. mon inconscient voulait sans doute me faire oublier mon stress, et m'a plongé dans des souvenirs et ca m'a allégé.

L'autre grosse peur, c'était en tant que candidate à la Cible. C'était le seul moyen que j'avais trouvé pour approcher Olivier Minne, le voir oeuvrer sur son plateau.. j'avais au grand jamais je n'ai eu autant peur... peur de ne pas parvenir aux définitions et lui parler un peu de ce que j'aimais, échanger No Mais mon objectif a été atteint, et malgré ce mal de tete, cette chaleur et mon corps qui tremblait intérieurement, j'ai obtenu ce que je souhaitais..

Enfin, ce ne sont que de petits exemples. Bien sûr, j'ai eu la trouille avant d'aller sur scène pour interpréter un quatuor à la flûte devant une salle remplie.. mais une fois le pied sur la marche qui mène sur la scène, on oublie tout... on est comme ailleurs, et ca passe très vite. J'ai meme parfois du mal à me rappeler ce qui s'est passé Rolling Eyes

Je me suis un peu écartée du sujet premier, mais tout ca pour dire que l'énergie dont vous parlez, on la puise tout au fond de nous... mon truc, c'est de me dire que si je ne vis pas à fond ce moment, je le regretterai sans doute plus tard, et meme si je ne suis pas à 100% sereine, ca me fait aller de l'avant Wink
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JacquesM
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MessageSujet: énergie suite   Sam 17 Mar - 11:13

Au fond, le truc c'est de trouver une recette qui permet d'ouvrir le sas de notre énergie intérieure... Une fois ouvert, c'est un torrent qui balaie tout. On est plus fort, plus sûr de soi, plus soi-même aussi ! Cette énergie intérieure semble couler d'une plus grande et infinie énergie qui serait à la base du monde et de l'univers; ce qu'explique un livre que j'ai lu et dont je donne la référence dans l'article "entretemps", dont tu parles, Véro !
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MessageSujet: Re: Entretemps   Sam 17 Mar - 11:16

Tout serait connecté alors en quelque sorte? l'environnement, nous? Si c'est "une seule et meme énergie"?

Ce qui expliquerait sans doute que certains ont besoin d'être en compagnie d'autres, de les suivre et ressentir leur énergie oour être rassurer et aller de l'avant? Rolling Eyes
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MessageSujet: sûrement   Sam 17 Mar - 11:24

Que tout soit connecté, cela ne fait aucun doute. Mais l'intérêt (nouveau) est que le matériel (on le sait depuis la théorie du battement d'aile d'un papillon...) ET l'immatériel sont connectés, en interactivité permamente ! Et ça c'est plutôt rassurant. Oui, nous avons besoin les uns des autres, oui le "moindre" geste positif entraîne des conséquences magnifiques, qu'on peut parfois ne pas soupçonner aussi importantes, oui, nos pensées servent, oui, nos études, nos réflexions, servent sans doute à tout le monde !
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